Militens, une recherche sur les valeurs et les engagements des enseignants

Présentation

Dans l’esprit de beaucoup, enseigner est déjà un acte militant, le choix d’un métier profondément humain, centré sur la réussite de tous. De plus, les enseignants sont réputés pour leur propension à la grève et la puissance de leurs syndicats. L’engagement est devenu consubstantiel de l’image de soi du groupe, comme en attestent les slogans publicitaires des mutuelles enseignantes (la MAIF se proclame « assureur militant », la MGEN évoque un « engagement mutuel »).

Qu’en est-il aujourd’hui ? La dimension civique de leur profession, si valorisée au XXe siècle – les « hussards noirs de la République » – garde-t-elle une pertinence ? Quels sont les ressorts de l’investissement militant de nombreux enseignants, si influents dans le monde associatif ? À l’heure de la société des individus, l’engagement, phénomène collectif par excellence, est interpellé. Diminue-t-il dans le monde enseignant, adopte-t-il de nouvelles formes ou au contraire conserve-t-il son répertoire d’action traditionnel ?

La recherche Militens étudie le rapport des enseignants à l’engagement et la médiation que les militants opèrent entre les enseignants et leurs organisations (syndicales avant tout, mais aussi politiques, pédagogiques, humanitaires,…). Son équipe a interrogé une centaine d’enseignants du premier et second degré dans une dizaine de départements, et observé des réunions syndicales dans toute la France. Elle en a conçu un questionnaire dont la problématique centrale est l’interaction entre la vision du monde héritée de la socialisation primaire, le rapport au métier et enfin l’action du syndicalisme enseignant, ancré dans les identités professionnelles.

L’équipe

Avec Laurent Frajerman (responsable du projet), ont travaillé sur les phases qualitatives et quantitatives : Gérard Grosse, Camille Giraudon, Jean-Michel Drevon, Igor Martinache, Georges Ortusi.

Le questionnaire lui même est sous la responsabilité scientifique de Jean-Gabriel Contamin (directeur du Ceraps), avec Thomas Soubiran, Stephan Mierzejewski et Tristan Haute.

La cartographie des opinions et des valeurs

  • Sur le plan citoyen : les enseignants sont censés être acquis à la gauche, laquelle génère un certain type d’engagement (syndical, contestaire). Mais de nombreux sondages et une précédente enquête par questionnaire (ENGENS, 2006) montrent que près d’un tiers d’entre eux se positionnent autrement. Les questionnaires interrogent donc les opinions politiques, religieuses et plus globalement les représentations économiques, sociales et sociétales.
  • Sur le rapport au métier : de nombreux travaux signalent l’impact des réformes des politiques éducatives sur les identités professionnelles. Outre l’existence de militantismes pédagogiques, reliés à des réseaux d’organisations, l’adoption du modèle vocationnel devrait susciter un militantisme associatif, tandis qu’une insatisfaction au travail et le rejet des réformes pourrait alimenter une plus grande combativité et renforcer des syndicats minoritaires. Mais la phase qualitative a montré que la majorité des enseignants adopte des représentations pédagogiques floues. Les questionnaires cherchent donc à percevoir les implicites de ce pragmatisme.
  • Sur le syndicalisme : Le questionnaire permet de cerner les opinions de quatre strates : les adhérents d’un syndicat, les sympathisants d’un syndicat, les ex-syndiqués, les non syndiqués. Il tente de cerner les motivations des syndiqués, utilitaires ou idéalistes.

Le recueil de pratiques militantes

  • La conflictualité : les enseignants ont plus recours à la grève que les autres professions, essentiellement sous la forme de grèves d’une journée. Depuis longtemps, la profession est traversée par un débat sur son efficacité. Ils sont interrogés sur leur pratique personnelle (ce qui permettra si ce sont toujours les mêmes qui cessent le travail), et leur appréhension de la pertinence de ce type d’action et des formes alternatives.
  • Le contact avec les syndicalistes : les militants ont diverses occasions de rencontrer leurs collègues : stages, réunions d’information, visites dans les établissements. Les questions ont pour but de quantifier ces échanges et d’évaluer la réceptivité des enseignants à leurs initiatives. De même, le syndicalisme de service, spécificité des enseignants et des policiers, est l’objet de questions.
  • La presse syndicale : avec internet, les sources d’information à disposition des enseignants se sont diversifiées. Quelle est la place des outils syndicaux dans ce contexte ?

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